Dominique Païni, alors directeur de la Cinémathèque française, invité à parler de "l'image en mouvement" à l'Ecole des beaux-arts du Mans, nous proposa de faire une exposition sur le cinéma des Straub, désirant établir une relation entre la Cinémathèque et l'Ecole. Il nous savait admirateurs de ces cinéastes avec qui nous avions déjà travaillé quelques années auparavant.
La conception et la réalisation de cette exposition se fit dans le cadre d'une pédagogie pour des étudiants en arts plastiques mais aussi pour un public d'amateur ou de non initiés. Loin d'être indispensable à la découverte et à l'appréciation de cette oeuvre, elle se veut une approche favorisant la réflexion et l'interrogation, un temps pour voir combien chaque image est "métonymiquement" pleine du film en question. L'exposition s'accompagne toujours d'un film ou d'un cycle de films des Straub.
Ce fut pour nous une évidence de se lancer dans cette aventure paradoxale. Elle consistait à exposer une oeuvre de cinéma, objet temporel résistant à la présentation interrompue de son flux par un photogramme isolé, arrêt sur image, anamnèse sensée témoigner d'une création cinématographique.
Ce qui pour beaucoup d'oeuvres de cinéastes relèverait simplement du registre de la documentation (image extraite pour mémoire, pour information) devient dans le cas du travail de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub un nouvel accès à l'un des aspects essentiels de leur oeuvre : le cadrage.
Le cadre des Straub porte le temps. Il s'inscrit dans la durée de l'image. Sa précision propice à la saisie du mouvement cinématographique ouvre un espace qui permet l'inscription d'une expérience unique, à chaque fois renouvelée, dans un lieu dont l'analogie première est le cadre de la peinture.
C'est ce cadre que les photogrammes nous restituent. S'ils renvoient directement aux films, ils révèlent aussi leur autonomie puissante et leur force expressive. C'est leur qualité plastique fondamentale qui nous a déterminé à concevoir cette exposition.
L'oeuvre des Straub est exemplaire par son engagement dans une forme artistique nourrie de l'histoire des arts - peinture et cinéma comme littérature, musique ou théâtre -, aussi bien que par la rigueur des choix ne pouvant se concevoir qu'en vertu d'un travail acharné sur tout ce qui participe de l'élaboration d'une oeuvre cinématographique. Les documents originaux que nous ont confié les Straub et qui apparaissent en partie dans l'exposition en témoignent.
La Cinémathèque nous donna accès aux films et aux archives que nous avons pu visionner avec l'attention nécessaire pour une sélection significative dans le cadre de notre projet. Marianne de Fleury, Stéphane Dabrovski et plusieurs autres personnes, rue de Longchamp comme à Saint Cyr, nous furent d'une aide précieuse.
Au sein de l'association des films et leurs sites, que nous avons créée avec Dominique Païni, nous sommes responsables de la forme, de l'évolution et de l'itinérance de cette exposition dont les images et la plupart des documents sont la propriété de Danièle Huillet et de Jean-Marie Straub.
Servane Zanotti, Pascal Kern, Jean-Louis Raymond